Liban 2019: À la croisée des chemins

Chronique, Analyse et Reportage Photo

Liban 2019: À la croisée des chemins

XVII- Beyrouth – Montréal

Notre séjour à Montréal, démarré au début des vacances de Noël, se déroule bien. Prendre le temps de flâner en ville et retrouver nos anciens repères est toujours très agréable. Redécouvrir, également, des plaisirs simples tels des services publics qui fonctionnent très bien, des transports collectifs qui nous permettent de sillonner la ville et une organisation générale de la société qui facilite les tâches quotidiennes. Et surtout les retrouvailles avec familles et amis qui font chaud au cœur.

Seulement voilà, ce même cœur n’y est pas, nous avons beau être à Montréal, un morceau de nous est resté au Liban. Chaque fois que nous retrouvons des proches, c’est toujours du Liban qu’on nous parle. Tout le monde veut savoir comment les choses se passent au pays. Ils veulent connaître les détails du quotidien et comment nous avons fait pour nous adapter. Ils sont inquiets pour le Liban, pour la famille restée derrière, et ils ont mal au cœur. Home is where the heart is, disent les Anglo-Saxons. En cette fin de décembre, pour plusieurs Libanais éparpillés de par le monde, le cœur est lourd et leurs pensées se tournent vers leur chez-soi. La période de fin d’année au Canada est notoirement connue pour être vide en nouvelles. Ce n’est pas tant qu’il n’y a rien qui se passe, mais les gens ne sont pas intéressés par la politique et autres actualités. Ils sont plutôt à la recherche de faits divers amusants et de bonnes nouvelles, et préfèrent les histoires joyeuses qui leur remontent le moral. Un silence qui fait du bien et qui laisse un espace salutaire de repos et de ressourcement. Quel contraste avec le Liban où l’on retrouve une quantité record de chaînes d’information par habitant ! Lorsque je pense à tous ces postes de télévision qui transmettent cette énorme quantité de (mauvaises) nouvelles, je me dis qu’une période de trêve, où tout le monde serait d’accord pour suspendre la diffusion de nouvelles pendant quelques jours, ferait le plus grand bien.

La communauté libanaise de Montréal est très active dans sa société d’accueil, omniprésente même dans plusieurs sphères de la société. Elle s’est épanouie dans un environnement riche, à l’abri des intempéries typiquement libanaises et de cet environnement parfois toxique et étouffant qui ne permet pas de s’épanouir. On retrouve même une présence marquée de Libanais dans plusieurs quartiers de la ville, dont la fameuse Ville Saint-Laurent que l’on surnomme affectueusement Ville Saint-Liban. En cette période de l’année où l’on peut se permettre de rêver, je nous souhaite un cadre plus sain qui entraînera à son tour de grandes vagues de retour de nos expatriés. De quoi permettre, un jour, l’éclosion d’un quartier de Libano-Canadiens à Beyrouth ! On y retrouvera la meilleure poutine du Liban, des baklavas parfumés au sirop d’érable, sans compter des cafés italiens où l’on pourra se regrouper pour suivre les matchs des équipes canadiennes !