Liban 2019: À la croisée des chemins

Chronique, Analyse et Reportage Photo

Liban 2019: À la croisée des chemins

XVI – Vu de l’extérieur

La veille de notre départ, il y a quelques jours, nous avions prévu de briser le long trajet vers Montréal par une escale le temps d’un week-end à Paris. Nous voulions montrer la Ville-Lumière à notre fils et il avait hâte de découvrir la tour Eiffel. Vu l’état des lieux en France, les grèves et les manifestations monstres à Paris, et que nous sommes bien servis en la matière à Beyrouth ces jours-ci, nous avons préféré annuler. « Elle est où la tour Eiffel? » me demande mon fils, déçu, en atterrissant à Montréal. Je lui ai promis que ce n’était que partie remise.

Le lendemain, attablé à mon café italien préféré du Mile-End, le quartier hipster de Montréal, un café latté et un bagel sur la table devant moi, difficile de trouver une habitude plus typique pour démarrer les vacances. La musique douce de Noël, le cadence au ralenti des gens qui prennent le temps de discuter, tout annonce l’approche du temps des fêtes. On échange des adresses, des recettes et des bons vœux pour la nouvelle année. La vie est très rythmée à Montréal, il y a peu d’inattendu et de changements dans le quotidien des habitants de la ville, mis à part les chantiers de construction qui n’en finissent plus… La nouvelle du jour ici, c’est le lancement de la course à la succession du leader d’un des principaux partis politiques canadiens. Pas mal quand même cette idée que les chefs de parti se fassent élire et sont renouvelés régulièrement.

J’ai beau être assis dans un café à 10 000 km du Liban, impossible pour moi de ne pas rester branché à mon téléphone et connecté à toutes les retransmissions en direct pour être à l’affût des dernières nouvelles. J’ai pourtant essayé de me replonger dans mon monde, ici, mais le Liban a cette manière de nous habiter. On a beau se trouver loin, les deux pieds dans la neige et dans la fraîcheur de l’hiver canadien, il ne nous quitte pas. Difficile de ne pas penser à la situation qui évolue rapidement là-bas. Et puis il y a la distance agissant telle une loupe qui amplifie les mauvaises nouvelles. Vu de l’extérieur, on a l’impression que le pays en entier se trouve en état de crise, noyé sous une pluie de gaz lacrymogènes… Depuis le début de la révolution, je reçois souvent des messages d’amis inquiets demandant de nos nouvelles. Je tente de les rassurer en leur expliquant que les problèmes se passent essentiellement sur les places, que c’est une révolution du peuple. Que nous ne sommes pas terrés dans les abris, ou planqués dans des cages d’escaliers. Que nous ne sommes pas en guerre et que nous vivons un mouvement populaire. Il ne faut pas succomber aux peurs et aux traumatismes du passé.

Une petite éclaircie s’annonce dans toute cette grisaille, c’est Noël que nous célébrons très bientôt. Quelques jours encore pour faire parvenir notre liste de souhaits au père Noël. Demander la paix sur terre est peut-être un peu ambitieux, on pourrait commencer avec quelque chose de plus modeste pour le Liban : un gouvernement, de l’électricité, de l’eau et, bien entendu, des petits souliers pour beaucoup. D’ici-là, que vous battiez le pavé ou que vous soyez au chaud à la maison, je vous souhaite à toutes et à tous un très joyeux Noël !