Liban 2019: À la croisée des chemins

Chronique, Analyse et Reportage Photo

Liban 2019: À la croisée des chemins

La liberté d’espérer

Photo C.K.

Cette semaine, encore, je me suis fait interpeller par une amie qui m’a posé les questions (devenues) d’usage : « Tu es vraiment certain de vouloir rester au Liban ? Tu ne vois pas tout ce qui se passe autour de toi ? » Entre les pénuries, la crise sociale, les dollars qui viennent à manquer, l’essence qu’on menace régulièrement de couper, les tergiversations politiques qui n’en finissent plus… Il semblerait que le Liban soit la cible d’une version moderne des plaies bibliques.

Et pourtant, le soleil se lèvera encore demain et la vie continuera… Parce que ce pays est avant tout le reflet de nos attentes et nos angoisses, nos amours et nos peurs, de notre détermination et de nos complexes, et de nos rêves qui parfois virent au cauchemar. Ce qui ne nous empêche pas de continuer d’espérer, parce qu’il faut bien poursuivre le chemin. Cela dit, l’angoisse généralisée, je la ressens comme tout le monde. L’humeur générale est loin d’être au beau fixe ; les raisons de s’inquiéter sont nombreuses et il nous faut développer une véritable carapace pour survivre dans cet environnement parfois toxique – aussi bien au niveau de l’ambiance que de la pollution… Pour quelqu’un qui a passé l’essentiel de sa vie au Canada, où le système bancaire est aussi prévisible et stable qu’une horloge suisse, il est pour le moins déstabilisant de s’entendre dire par sa banque : « Désolé, nous ne pouvons pas vous donner d’argent aujourd’hui ! » Le danger cependant, c’est qu’à force de répéter et d’entendre que les choses vont mal, et bien les choses vont aller très mal. Je me retrouve alors à me battre contre cette hystérie collective qui prend forme, à consoler les uns, remonter le moral des autres, tout en me disant que c’est peut-être d’une armée de psychologues que nous avons besoin. Heureusement que, Liban oblige, nous avons toujours des échappatoires pour nous changer les idées. Dimanche dernier, alors que ma femme et moi nous demandions quoi faire, une amie nous suggère de passer la journée à Batroun. J’ai consulté Google Maps, et le peu d’embouteillage nous a encouragés à faire le déplacement. Allez hop, en auto avant que les routes ne se remplissent de conducteurs impatients… Arrivés à destination, nous avons profité de cette très belle journée dans un de ces beaux lieux dont la créativité libanaise a le secret. Le fruit de l’effort et de l’imagination d’un homme qui a réussi à établir un impressionnant réseau mêlant agriculture, tourisme et divertissement, se traduisant en un mélange de production de bière, de gin et d’un restaurant où l’on mange les pieds dans l’eau. Colonel, pour le citer, est l’exemple même de cette ambition libanaise, de ce savant mélange de créativité, de joie de vivre et surtout de travail bien fait.Un peu plus tard dans la journée, ma mère qui m’informait des dernières nouvelles de Montréal me confie que le toit de la maison s’est partiellement effondré… Les pluies de l’automne canadien ayant eu raison de ses dernières résistances, il a fallu se rendre à l’évidence : il est temps de changer ce toit. Pour la consoler, je lui ai dit de ne pas s’en faire, et qu’ici, au Liban, c’est le toit au-dessus de nos têtes qui s’effondre depuis bien longtemps !

293 Replies to “La liberté d’espérer”

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.