Liban 2019: À la croisée des chemins

Chronique, Analyse et Reportage Photo

Liban 2019: À la croisée des chemins

Le sentiment d’un retour aux sources

Notre « débarquement » à l’aéroport de Beyrouth, en cet été libanais imprégné de chaleur, une vraie bénédiction pour nous qui venions d’un pays froid, fut des plus libanais : les retrouvailles avec la famille, même les parents qu’on n’a plus vus depuis longtemps, le petit qui fait connaissance avec ses cousins et cousines, étaient empreintes d’émotion. Nous voilà arrivés dans notre nouvel appartement, chargés d’une montagne de bagages en tout genre. Tout le monde s’y met et voilà des bras qui viennent aider à monter les paquets, les valises, pendant que plusieurs membres de la famille s’activent à faire le ménage et ranger. Comme s’il y avait urgence : il faut que nous nous sentions le plus rapidement possible chez nous.

Les valises à peine déballées, nous prenons la direction de la colonie de vacances. Google nous indique que c’est à peine à 10 minutes de marche. Pourquoi pas une petite balade matinale pour nous dégourdir les jambes et découvrir le nouveau quartier à pied ? avons-nous naturellement pensé. Plutôt qu’une promenade de santé, le chemin s’avéra être un parcours du combattant.

Premier choc sur le trottoir, quand on réalise qu’il manque une certaine continuité au niveau de l’urbanisme… À peine étions-nous engagés dans une rue qu’une horde de voitures, sorties de nulle part, nous rappelaient à l’ordre. La promenade se fait, en outre, les yeux rivés au bitume afin d’éviter les nombreux trous et autres obstacles en tout genre. L’arrivée à la garderie est digne d’une fin de marathon – nous y sommes finalement, en sueur de la tête aux pieds et quelques expériences de cascadeurs en prime ! L’accueil chaleureux et l’environnement zen de l’endroit, qui contraste tellement avec le vacarme environnant, nous ramènent un peu de calme nécessaire pour la suite de notre journée. Une longue journée à faire des courses, à régler des détails bien libanais. S’assurer l’approvisionnement en eau ou encore l’abonnement au fameux générateur pour ne pas manquer d’électricité nous donne un premier goût de ces défis locaux que nous avons oubliés, jamais connus ou même pris pour acquis, durant toutes ces années vécues ailleurs. Pareil pour les droits de douane, et droits en tout genre, qu’il faut payer sur son mobile, ses meubles et autres droits aux origines parfois douteuses… « Des coûts cachés », dirait-on ailleurs.

« À ta place, je reprends le premier vol et je fous le camp. » Des réactions de ce type, nous y avons eu droit à plus d’une reprise. Et une certaine incompréhension vis-à-vis de notre démarche, teintée d’un sentiment de frustration tout à fait justifié, étant donné le contexte difficile du Liban aujourd’hui. Pour ceux qui reviennent, la réalité n’est pas la même. Comme plusieurs personnes me l’ont dit : « Toi, tu as au moins un billet de retour, au cas où. » Je reconnais qu’ils ont bien raison. En réalité, ce sont nos parents qui ont fait les plus gros sacrifices en quittant un pays en guerre pour s’établir dans de nouvelles contrées et repartir à zéro. Dans notre cas, nous avons eu cette chance inouïe de grandir dans un environnement amical et de pouvoir établir un lien entre nos deux sociétés, au bénéfice, nous l’espérons, de nos deux pays.

Au cours de discussions avec des amis récemment, tous revenus, comme nous, au pays – parce que nous ne sommes quand même pas les seuls à avoir pris cette décision –, nous sommes étonnés de constater le nombre élevé de ces retours. Les anecdotes partagées ne manquent pas, mais un sentiment commun se dégage, celui d’un retour aux sources… Espérons que cette source ne tarira pas !

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